Franziskushaus, Otto Glaus, Dulliken 1969, Brutalism © Karin Bürki / HEARTBRUT

MAISON FRANCISCIUS

Ancien centre d'éducation religieuse et résidence d'étudiants, Otto Glaus, Dulliken, SO, 1967-1969

© Images & Texte : Karin Bürki / HEARTBRUT

Lassée du monde, abandonnée, oubliée - la Franziskushaus est-elle la parfaite retraite post-pandémique ?

Conçu à l'origine comme un monastère capucin, le Franziskushaus est situé sur une pente forestière à l'extérieur de Dulliken, un village près d'Olten. Le complexe, inspiré du monastère de La Tourette de Le Corbusier en France, compte 80 chambres, plusieurs salles de conférence, une grande cuisine, un auditorium et une chapelle. Cette retraite isolée dégage le charme d'une institution de réforme prussienne de style brutaliste. Le XXIe siècle, réduit aux apparences et aux mises en scène parfaites, n'a pour lui que le prédicat "difficile à transmettre" : après des réincarnations ratées en tant que centre de conférence et campus étudiant, le Franziskushaus est en quarantaine permanente du cours du monde depuis 2013. Mais en période de distanciation sociale, ce lieu absent du monde pourrait s'éveiller à une nouvelle vie.

Le Corbusier a défini les besoins fondamentaux de la conception monastique moderne comme suit : "Espace, lumière et ordre. Ce sont les choses dont les hommes ont besoin tout autant que de pain ou d'un endroit pour dormir". Avec Franziskushaus, Glaus, ancien disciple, suit son maître à la lettre. Ce dernier croyait fermement aux compositions géométriques rigides et sans fioritures, ainsi qu'à la géométrie contrôlée par le modulateur corbusien. On retrouve la signature de l'architecte, à savoir l'imbrication de tracts, d'ailettes verticales, de grilles de fenêtres brusques et d'éléments en béton en saillie. Alors que La Tourette présentait beaucoup d'espièglerie et d'excentricité, Glaus n'avait pas cet intérêt. Le stuc brut et le sol en clinker perpétuent la sobriété robuste de l'intérieur. Les accents de couleur, tels que les cadres métalliques rouges, les tapis et les portes bleus dans les chambres, sont des ajouts ultérieurs.

De ce côté-ci du millénaire, le Franziskushaus connaît une histoire mouvementée : servant de lieu de rencontre interreligieux et de centre de conférence depuis 2001, le site a été soigneusement restauré en 2012. La même année, la maison a eu un nouveau propriétaire qui l'a repositionnée en tant que résidence internationale pour les étudiants de l'université des sciences appliquées d'Olten. Ça a mal tourné. En 2016, la Banque cantonale d'Argovie a acheté le bien aux enchères pour 2,53 millions de francs suisses à la masse de la faillite et l'a revendu en 2019. Le propriétaire actuel, un entrepreneur et un marchand de biens immobiliers, n'a pas encore annoncé ses projets.

Abandonné depuis 2013, le bâtiment en béton présente un décor d'une rareté absolue dans une Suisse éprise de perfection. Le complexe, encore intact et meublé, laisse une impression latente d'inquiétude, comme si les résidents avaient fui devant une catastrophe imminente. Mais la retraite humaine présente aussi des avantages : Aujourd'hui, la nature reprend possession de ce lieu oublié : le lichen, la mousse, le lierre et les arbustes redonnent vie au paysage en béton. Qui sait, en période de grands changements et bouleversements pandémiques, le fait de se détourner totalement du monde pourrait même s'avérer être un avantage en termes de localisation.

Franziskushaus, Otto Glaus, Dulliken 1969, Brutalism © Karin Bürki / HEARTBRUT
Franziskushaus, Otto Glaus, Dulliken 1969, Brutalism © Karin Bürki / HEARTBRUT
Franziskushaus, Otto Glaus, Dulliken 1969, Brutalism © Karin Bürki / HEARTBRUT
Franziskushaus, Otto Glaus, Dulliken 1969, Brutalism © Karin Bürki / HEARTBRUT
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